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Renée Gailhoustet


Vous avez déjà déambulé dans le quartier de La Maladrerie à Aubervilliers ou à Saint-Denis dans les ZAC Saint-Denis ou Montjoie ou vous voulez les découvrir ? Faites dès à présent connaissance avec celle à l’origine de tous ces grands projets architecturaux : Renée Gailhoustet.

La Maladrerie à Aubervilliers
La Maladrerie à Aubervilliers

Qui est Renée Gailhoustet ?

Née en 1929 à Oran (Algérie), c’est après des études de philosophie que Renée Gailhoustet se tourne vers l’architecture. Elle intègre rapidement l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, notamment l’atelier de Marcel Lods, l’un des seuls ateliers de l’époque ouvert aux femmes, et où elle fait la rencontre de Jean Renaudie.

Le plus intéressant chez Renée Gailhoustet n’est pas qu’elle ait obtenu son diplôme de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts en 1961, mais plutôt le sujet qui fit d’elle une architecte hors-pair : le logement social. Sujet jugé encore trivial dans les années 1960 et qui ne préoccupe pas grand nombre d’architectes, tournés vers des sujets plus prestigieux, Renée Gailhoustet est l’une des premières de l’époque à s’intéresser au logement social. Elle a bien entendu laissé son empreinte, sa marque de fabrique sur le logement social, comme d’autres architectes l’ont fait avant elle, à commencer par Le Corbusier.

Le tournant des années 1970 ou la fin du modernisme

Façade, CDI et classe du collège jean Jaurès Montfermeil par Renée Gailhoustet © Atlas du patrimoine de la Seine-Saint-DenisConnue pour avoir travaillé aux côtés de Jean Renaudie dans la rénovation du centre-ville d’Ivry-sur-Seine, Renée Gailhoustet devient architecte en cheffe de la ville en 1969 après avoir intégré l’agence de Roland Dubrulle en 1962 puis fondé sa propre agence en 1964. Contrairement à Le Corbusier qui, dans la charte d’Athènes, théorise les quatre grandes fonctions du centre-ville (le logement, le travail, les transports et les espaces dédiés aux loisirs et au bien-être), Renée Gailhoustet reconsidère ce principe de découpage de l’espace. Elle estime qu’on ne peut résumer la ville à ces 4 quatre grands principes, et plus encore, qu’ils sont indubitablement liés, en aucun cas une fatalité. En définitive, qu’ils sont inséparables.

Celle qui elle-même a dit ne pas avoir travaillé pour le logement « social » mais pour un logement accessible à tous, après avoir découvert le mouvement communiste et plaisantant à l’idée d’avoir assisté à plus de manifestations estudiantines qu’à ses propres cours de philosophie, reconsidère la fonction même du logement. Ainsi, les décennies 1970-1980 marquent un tournant dans l’histoire de l’architecture et la fin de l’architecture moderniste des années 1930, donnant naissance à une conception du logement tout à fait révolutionnaire. Pour les architectes de la trempe de Renée Gailhoustet ou encore de Jean Renaudie, tout l’enjeu n’est plus de proposer des logements sociaux tous conçus sur le même modèle, mais des logements collectifs différents les uns des autres et s’adaptant à tout un chacun.

Le logement par Renée Gailhoustet

Collège Jean Jaurès Montfermeil © Atlas du patrimoine de la Seine-Saint-DenisLa vision du logement par René Gailhoustet est marquée par la démythification du logement social.

Du logement social « en barre » introduit par Le Corbusier, apparaît alors un logement se jouant des formes géométriques mais également de la hauteur et des différents espaces, intérieurs et extérieurs, totalement inédit pour les années 1970. René Gailhoustet s’émancipe de la typologie corbuséenne et propose des logements où le contraste intérieur/extérieur n’existe plus.

La terrasse devient une pièce à part entière, au même titre que la cuisine ou la chambre à coucher, les ensembles collectifs s’apparentant plus à des polygones aux angles végétalisés plutôt qu’à de grandes tours. Cette conception de l’espace et des formes, on la retrouve presque systématiquement dans les réalisations architecturales de Renée Gailhoustet, logement collectif ou non (collège Jean-Jaurès de Montfermeil, 1989-1993).

Pour ce qui est du logement dit "social", la tour n’est pas tout à fait passée de mode, les tours d’habitation Raspail (1963-1968, Label patrimoine du XXe siècle) et Lénine (1966-1970) à Ivry-sur-Seine en sont probablement la preuve, mais la fonction de logement pur n’existe plus. En témoigne l’ensemble Spinoza (1966-1973). En plus d’accueillir 80 logements en duplex, cet ensemble se compose également d’équipements mêlant lieux de vie, de travail et d’échanges : un centre de médecine psychopédagogique, une bibliothèque enfantine, une crèche s’étendant sur 2 étages en hauteur et des cabinets et locaux en rez-de-chaussée sous de grandes arcades. Le logement n’est plus seulement social mais devient un réel lieu public relié à des voies de circulation, en dessinant parfois d’autres, et surtout, créant de l’interaction entre ses habitants et le monde extérieur.

Le lien social dans l’architecture de Renée Gailhoustet

Sa volonté de créer de l’interaction sociale, et de la placer au c½ur de sa création architecturale, fait très probablement de Renée Gailhoustet une véritable avant-gardiste.

Les balcons végétalisés de La MaladrerieAprès avoir fait accepter la terrasse dans les logements collectifs, et l’avoir rendue finançable, estimant que chacun devrait pouvoir bénéficier d’un petit bout de jardin comme il est possible de l’observer dans le quartier de Maladrerie à Aubervilliers (1975-1986), Renée Gailhoustet aborde le logement social d’une manière différente, appréciée du grand public. Les règles sont strictes mais ce n’est pas pour autant qu’elle n’arrive à imposer ses idées innovantes : la cuisine ouverte, le duplex, sa préférence pour des pièces communiquant les unes avec les autres plutôt que desservies par de longs couloirs.

Cette conception de l’architecture n’est pas sans faire écho à la forte personnalité de Renée. Sociable sur les chantiers et en entente constante avec ses collègues, elle est également une solitaire, notamment lors de l’obtention de son diplôme d’architecte. Alors suivie dans son projet comme il est accoutumé de le faire, Renée s’enferme et travaille seule, et sa conception du duplex parle d’elle seule. Le duplex court-circuite les longs couloirs tandis que la pièce du bas permet l’aménagement d’un bureau, de la chambre d’une personne âgée ou tout simplement la pièce de celui ou celle qui a besoin de s’isoler et de se téléporter hors du contexte familial. La tour Raspail joue de cette communication présente et visible de n’importe quel endroit de l’appartement. Pour avoir elle-même vécu dans les logements qu’elle a conçus, Renée Gailhoustet n’est-elle pas la meilleure personne pour en parler ?

Cette conception, plus qu’atypique pour l’époque, et introduite par Jean Renaudie selon les mots de Renée Gailhoustet, propose un espace d’interaction à l’intérieur, entre ses différents habitants. Mais cette conception propose également un espace d’interaction à l’extérieur entre voisins par l’intermédiaire des différentes terrasses, recouvertes d’une trentaine de centimètres de terre et permettant la floraison des balcons, qu’on ait des talents de jardinier ou non. Ainsi, le lien social dans l’architecture de Renée Gailhoustet va de l’extérieur vers l’intérieur.

Renée Gailhoustet, architecte pionnière

Lauréate 2014 du Prix des Femmes Architectes, mention spéciale pionnière, Renée Gailhoustet est l’une des femmes architectes qui a le plus marqué ces dernières décennies. Pourtant, elle ne considère aucunement qu’être une femme ait changé quoi que ce soit à sa conception de l’espace, des formes et à sa carrière. Il n’y a pour elle aucune différence entre une architecte ou un architecte, tout n’est que question d’innovation, et c’est une architecte ayant reçu une Médaille d’honneur de l’Académie d’architecture en 2018 et le Grand Prix des arts de Berlin en 2019 qui nous l’affirme. Le ou la bon.ne architecte est celui ou celle qui ne se repose pas sur ses acquis.

Alors que le duplex est vivement critiqué à ses débuts parce qu’il est jugé peu pratique pour les femmes au foyer, ou encore la cuisine ouverte, transgressant toutes les limites entre la pièce qu’on juge réservée à la ménagère et le reste du logement, Renée Gailhoustet ne se veut pas porte-parole de la condition féminine mais met au contraire les femmes et les hommes sur un même pied d’égalité.

Ayant étudié et travaillé dans des ateliers et agences ouverts aux femmes, enseigné à l’École spéciale d’architecture de 1973 à 1975, travaillé à la tête de sa propre agence d’architecture, Renée Gailhoustet reconnaît que la profession est considérée comme masculine. Renée rappelle qu’on ne comptait à peine qu’une dizaine de femmes architectes sur plus d’une quarantaine d’hommes architectes, et que dans les années 1970 et 1980, 3 femmes architectes seulement possédaient leur agence, souvent en association avec leur mari. Renée Gailhoustet ne souhaite pas que les femmes s’implantent dans la profession mais qu’au contraire, elle juge tout à fait normal que les femmes émergent dans le domaine de l’architecture. Et ces mots ne font-ils pas justement de Renée Gailhoustet une femme militante, engagée et féministe ?

Très admirative des architectures en bois d’Ywona Buczkovska – qui a révolutionné l’architecture des années 1980 et 1990, comme la cité et le collège Pierre Semard, nous nous souviendrons de notre très chère Renée Gailhoustet pour sa grande modestie et sa conception révolutionnaire de l’architecture.

Envie de partir à la découverte des nombreuses réalisations de Renée Gailhoustet en Seine-Saint-Denis ? C’est par ici :

  • Aubervilliers, quartier de la Maladrerie (1975-1986)
  • Montfermeil, collège Jean Jaurès (1989-1993)
  • Romainville, maison de quartier Jacques Brel (1985-1994)
  • Saint-Denis, ensemble de logements à terrasse situé dans la ZAC Basilique (1977-1986)
  • Saint-Denis, ateliers de la ZAC Montjoie (1988-1991)
  • Villetaneuse, ensemble de logements dans la ZAC centre-ville (1993-1995)

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