Nos balades littéraires permettent aux élèves de relier les ½uvres étudiées en classe aux lieux emblématiques de Paris. Une approche vivante et concrète de la littérature, au c½ur des programmes scolaires.
Nous vous proposons plusieurs thèmes et lieux à découvrir sans modération.
« C’était un magasin de nouveautés dont les étalages éclataient en notes vives (…) Deux figures allégoriques, la gorge nue et renversée, déroulaient l’enseigne : Au bonheur des dames. » Dès les premières pages de son roman publié en 1883, Emile Zola campe le décor de ce « grand magasin » qu’il situe place Gaillon. L’atmosphère empressée et l’insolente prospérité du lieu s’inspirent des Grands Magasins du Louvre créés en 1855 et qui, seulement dix ans après leur ouverture, emploient 2400 personnes ! Le quartier connaît depuis le début du Second Empire des transformations majeures, sous la conduite du baron Haussmann qui trace notamment l’avenue de l’Opéra et le boulevard qui porte son nom. Avec l’achèvement de l’Opéra en 1875, commence un âge d’or qui se poursuit jusqu’à la Deuxième guerre mondiale. Théâtres, enseignes de luxe, grands magasins, restaurants, institutions financières… le quartier de l’Opéra mène la danse et attise alors toutes les convoitises. Nous passerons devant le Printemps et les Galeries Lafayette. Le parcours se termine devant la gare Saint-Lazare, chef-d’½uvre d’architecture métallique, immortalisée par les peintres de l’époque et où débarque un matin d’octobre, Denise, l’héroïne de Zola, en provenance de son village normand…
Aujourd’hui bétonné par des galeries marchandes et des boutiques de mode, réhabilité au début des années 2000, le « trou » des Halles laisse peu deviner ce que fut ce lieu au XIXe siècle… Laissons-nous guider par Emile Zola qui décrivit l’endroit dans son roman « Le ventre de Paris » en 1873 : enivré par les odeurs, il a voulu mêler dans son ½uvre la sensualité du parfum des fleurs aux relents tenaces de poisson et de viande. Fasciné par les constructions de Baltard, Zola s’émerveille face à cette « Babylone de métal, d’une légèreté hindoue, traversée par des terrasses suspendues, des couloirs aériens, des ponts volants jetés sur le vide ». Foisonnant de détails réalistes, grouillant de vie violente, confuse et passionnée, son texte nous ressuscite un monde disparu en 1969 au moment de la fermeture et du transfert des Halles de Paris à Rungis.
Aujourd’hui monde clos, havre de paix, lieux mystérieux, les passages couverts sont une innovation de l’urbanisme parisien du XIXème siècle. Là se retrouvait la bourgeoisie pour admirer et désirer les objets de luxe ou de pacotille offerts à la convoitise du chaland. Parcours déambulatoire des mondaines et des demi-mondaines en quête d’aventures, ces galeries offraient le spectacle permanent de la vie parisienne. Création purement parisienne, les passages couverts connurent leur apogée sous la Restauration grâce à l’essor de l’architecture métallique. Refuges pour les flâneurs qui s’y protégeaient de la pluie et des voitures, ils furent abandonnés sous le Second Empire car concurrencés par les Grands Magasins et devenus obsolètes face aux cathédrales d’acier et de verre qu’étaient les gares et les pavillons des Halles… Nous découvrirons les passages des Panoramas, Jouffroy et Verdeau sur les Boulevards puis les galeries menant au Palais-Royal (Vivienne, Colbert en fonction de son ouverture) et évoquerons ainsi l’extraordinaire effervescence de ces quartiers dans le courant du XIXe siècle.
Né en 1903 et décédé en 1989, Georges Simenon est le créateur du célèbre commissaire Jules Maigret. Il est l’auteur de 193 romans et de 158 nouvelles ; le tirage de ses ½uvres dépasse les 500 millions d’exemplaires à travers le monde… Nous vous proposons de vous remémorer certaines de vos lectures. Passant du quai de Jemmapes au quai de Valmy nous évoquons les lieux, les personnages décrits dans différents romans, en particulier Maigret et le corps sans tête où l’on retrouve toute l’atmosphère grise et mélancolique des décors chers à Simenon à l’image des âmes complexes et teintées de gris elles aussi de ses personnages. Le parcours aborde également l’histoire du canal depuis son percement au début du XIXe siècle ainsi que celle du quartier avec l’hôpital Saint-Louis, l’ancien couvent des Récollets ou encore le célèbre Hôtel du Nord. Nous terminons la visite à hauteur du numéro 132 du boulevard Richard-Lenoir, l’immeuble mythique où le commissaire Maigret loge avec sa femme, au 3ème étage.
Profondément marqué par la construction des gares du Nord (1846) et de l’Est (1849) et des aménagements qui en ont découlé, le sud du 10e arrondissement abritait jadis deux « enclos » célèbres : Saint-Laurent, siège d’une des plus grandes foires parisiennes jusqu’à la Révolution et dont l’église – méconnue – du XVe siècle garde seule le souvenir ; Saint-Lazare, ancien hospice de lépreux puis siège de la Congrégation de la Mission lorsque s’y installa saint Vincent de Paul, dont il ne subsiste presque rien. Nous vous invitons à (re)découvrir ce carré historique, aujourd’hui quartier populaire et bigarré, où l’on ne fait souvent que passer, en suivant les traces du détective Nestor Burma, créé par Léo Malet, dans l’une de ses enquêtes dans le Paris des années 1950. A l’effervescence des boulevards et de leurs salles de spectacles succèdent au détour des petits passages plus ou moins discrets les couleurs et les parfums des boutiques indiennes, le calme des anciennes cités industrieuses, le souvenir des dépôts des cristalleries et des faïenceries… Le bel urbanisme subtilement néo-classique du quartier Poissonnière laisse place ensuite aux deux gares toutes proches l’une de l’autre, séparées par la rue d’Alsace, étonnamment en surplomb des voies, et son célèbre escalier en fer à cheval.
C’est l’histoire de Belleville, un quartier populaire cosmopolite, détruit et modernisé depuis les années 1950. Entre le métro Couronnes et les hauteurs du parc de Belleville, le quartier revêt de multiples aspects : lacis de ruelles, ½uvres de street art, commerces de toutes nationalités (arabes, africains, chinois, chacun avec leurs règles) et bien sûr le poumon vert que constitue désormais le parc. Un quartier en pleine mutation, désormais très prisé, en voie de gentrification. C’est l’histoire aussi d'un petit garçon élevé par une ancienne prostituée, Madame Rosa, qui décrit avec ses mots le quotidien de son quartier, Belleville dans les années 1950, dans La vie devant soi. Un récit émouvant et riche sociologiquement, publié en 1975 par Romain Gary alias Emile Ajar, qui reçoit exceptionnellement et à la surprise de tous un second prix Goncourt sous ce pseudonyme.
« On les appelait les Rothschild de l’Orient ». Arrivés à Istanbul au XVIIIe siècle, devenus banquiers des vizirs l’Empire ottoman, les Camondo s’installent à Paris en 1868, à la fin du Second Empire. Héritiers de la fortune familiale à la mort de leur père Abraham, Isaac et Moïse de Camondo développent un goût très aiguisé pour les arts et notamment pour le XVIIIe siècle. Plus collectionneurs que banquiers, Isaac lègue une part de sa collection au musée du Louvre tandis que Moïse fait construire le splendide hôtel particulier du 63 rue Monceau, inauguré à la veille de la guerre de 1914. A la fin du XIXe siècle, le quartier de la plaine Monceau est en plein essor, connaissant une urbanisation importante sous l’impulsion d’Haussmann et des frères Pereire. De grandes familles s’y installent, faisant construire de splendides demeures qui témoignent encore aujourd’hui de leur mode de vie et de l’histoire du quartier à la fin du XIXe siècle. Après la mort de son fils Nissim en 1917, Moïse de Camondo se replie sur ses collections et son hôtel particulier qu’il décide de donner à l’Etat. Dans son livre, Le dernier des Camondo, Pierre Assouline retrace le destin de cette famille hors du commun.
D’abord simple village de chevriers et de meuniers, Montmartre attire de nombreux artistes bohêmes à la fin du XIXe siècle par son esprit anarchiste et ses multiples cabarets. Renoir, Sisley, Picasso, Braque, Modigliani et tant d’autres y ont débuté ou s’y sont installés en tant qu’artistes confirmés. Mais Montmartre est aussi une terre d’écrivains et de poètes. Ceux, comme Gérard de Nerval, attirés par les sortilèges de cette Arcadie fantasmée à la fois proche et éloignée de la capitale, refuge escarpé des marginaux et des libertaires. Ceux de passage par les hasards croisés de l’existence, comme Verlaine et Rimbaud. Ceux fréquentant par goût et par amitié les inventeurs de la modernité au Bateau-Lavoir, tels Guillaume Apollinaire et Max Jacob. Ceux préférant la compagnie joyeuse et délurée du cabaret du Lapin Agile : Alphonse Allais, Georges Courteline, Roland Dorgelès ou Pierre Mac Orlan. Ceux qui y sont nés et qui ont nourri leurs textes des tendres souvenirs d’enfance, comme Joseph Joffo et Robert Sabatier. Ceux qui s’y sont établis aussi : Jacques Prévert ou Tristan Tzara par exemple. Et puis tous ces autres, multitude de Montmartrois de sang, d’adoption, de c½ur ou de circonstance, qui s’en sont servi de toile de fond : Carco, Simenon, Kessel, Céline, Marcel Aymé, Louis Nucéra ou encore Patrick Modiano… Oui décidément, dans les rues de Montmartre il coule autant d’encre que de peinture et de musique !
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