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Notre-Dame-des-Missions-du-cygne d'Enghien


Eglise ND des Missions d'épinay

Véritable manifeste de l'art sacré des années 1930, réalisée en 1931 pour l'Exposition coloniale du Bois de Vincennes, la chapelle Notre-Dame-des-Missions est démontée à la fin de l'Exposition puis remontée en 1933 à Épinay-sur-Seine. Elle doit son double vocable d'une part, au fait que l'Exposition coloniale glorifie l'évangélisation des colonies par les missionnaires (Notre-Dame-des-Missions) et, d'autre part, parce que sa reconstruction à Épinay-sur-Seine s'effectue dans le quartier nord-ouest, au lieudit « le Cygne d'Enghien », sur un terrain donné par Firmin-Didot (descendant du célèbre fondeur-graveur qui inventa la stéréotypie). Cet édifice entre dans le cadre d'une grande opération mise en place par l'Église durant les années 1930, les « Chantiers du Cardinal ».

Les Chantiers du Cardinal christianisent la banlieue rouge Dans les années 1925/1930, l'Église décide de christianiser la « banlieue rouge ». Les constructions d'édifices religieux se multiplient. Ils utilisent les matériaux et le style propres à cette époque : le béton et la brique. C'est pour cette opération que sont construites l'église du Sacré-Cœur (1930) et l'église Saint-Charles (1933) au Blanc-Mesnil ; Saint-Louis (1930-1933) à Drancy ou Notre-Dame-de-l'Assomption à Neuilly-Plaisance (1932). Bien que moins aérienne, cette dernière est assez proche de l'église du Raincy construite par les frères Perret. Pourtant, les bâtiments religieux édifiés durant cette période dans toute la banlieue ne suffisent pas à répondre aux besoins urgents de cet espace en voie de conquête. En 1930, le cardinal Verdier décide de développer l'œuvre entreprise. Il parcourt le diocèse et établit que la construction d'une centaine d'églises est nécessaire. Le cardinal prépare un plan d'envergure et lance un emprunt. Le succès est total puisque dès 1933 le soixantième chantier est inauguré et qu'en 1934, dix-sept chantiers sont ouverts simultanément.

Entre 1931 et 1940, cent deux églises sont construites en région parisienne par les « Chantiers du Cardinal ». On trouve quelques-unes de ces églises en Seine-Saint-Denis. C'est le cas pour l'église Saint-Yves des Quatre Routes à La Courneuve, construite entre 1931 et 1933 par les architectes Michel Bridet et Pierre Robert ; Saint-Jean-l'Evangéliste, 1936-1935, et Sainte-Louise de Marillac, 1936-1939, en brique et en ardoise, toutes deux à Drancy.

Un éclectisme architectural rappelant les civilisations d'outremer

Parmi les constructions de cette époque, Notre-Dame-des-Missions-du-Cygne d'Enghien, à Épinay-sur-Seine, se distingue de ses contemporaines d'abord par le matériau utilisé, le béton armé. D'autre part, son architecte Paul Tournon, qui avait été quelques années plus tôt l'architecte du clocher de l'église Saint-Louis à Villemomble, y réalise une étonnante accumulation de styles, peut-être à cause de sa première destination : la chapelle présentée à l'Exposition coloniale du Bois de Vincennes était dédiée à la gloire des missions catholiques d'Outremer. D'un éclectisme étonnant, l'église s'inspire de l'architecture des cinq continents dont elle présente de véritables citations : la façade de son porche à trois toits superposés couverts de tuiles creuses est décorée d'idéogrammes chinois, ses combles présentent des angles recourbés, s'y ajoutent des parties bouddhiques, fétichistes, africaines, tandis que le clocher rappelle la forme d'un minaret. Un décor de céramiques bleu et blanc est réalisé par Lorymi et Raymond Virac.

Les sculptures en ciment du clocher-minaret, illustrant les quatre races humaines, sont de Carlos Sarrabezolles (1888-1971), celui-là même qui réalisa les 28 figures du clocher de l'église Saint-Louis à Villemomble. À son sommet, la Vierge reposant sur un globe est l'œuvre du sculpteur Roger de Villiers.

L'Afrique, le Canada et l'Irlande illustrent l'évangélisation des colonies

Peintres, sculpteurs et verriers, pour la plupart issus des ateliers d'Art sacré de Maurice Denis (également l'auteur des vitraux de Notre-Dame du Raincy) et Georges Desvallières, sont nombreux à avoir travaillé à la décoration intérieure de Notre-Dame-des-Missions. Pourtant, l'unité de style et de thème fait de leur collaboration au sein de cet édifice un exemple remarquable de l'art sacré des années 30. L'atelier de Louis Barillet, grand rénovateur du vitrail moderne, réalise une partie des vitraux de la triple verrière du chevet. Les personnages représentés, liés aux débuts de l'évangélisation se concentrent autour de la figure centrale du Christ Missionnaire et sont l'œuvre du verrier Jean Herbert-Stevens (1888-1943). Parmi les autres artistes ayant réalisés des vitraux à Notre-Dame-des-Missions, nous trouvons notamment André Rinuy, Marguerite Huré, Pauline Peugniez ou Bideau.

Pour les fresques, de grands noms de la peinture se partagent les murs de l'église. Henri de Maistre (1891-1953), qui illustre sur les murs des chapelles latérales l'évangélisation du monde depuis la résurrection du Christ, a choisi comme fond pour figurer les martyrs français une carte situant les grands lacs et les villes importantes du Canada.

Le panneau évoquant l'évangélisation du sud algérien et du Sahara par le père de Foucauld (1858-1916) est de Georges Desvallières lui-même. Georges Desvallières (1861-1950) est un ancien élève d'Elie Delaunay et de Gustave Moreau avant de devenir, avec Maurice Denis l'initiateur de l'Atelier d'Art sacré. Les bas-côtés droits de Notre-Dame-des-Missions sont décorés par Raymond Virac, Lucien Simon et Robert-Albert Génicot (1890-1981). Ces fresques murales racontent l'évangélisation de la Cochinchine et de l'Inde par François Xavier et celle du Japon par Navarette. Quant aux célèbres missions irlandaises du moine saint Colomban (vers 543-615), elles ont inspiré Charles Plessard et Pauline Peugniez (1890-1987), l'épouse de Jean Hébert-Stevens. Les bas-côtés gauches de l'église évoquent l'évangélisation des mondes grecs et romains, de la Gaule et de l'Angleterre, de la Germanie et des pays slaves. Les auteurs en sont Maurice Denis, Henri-Justin Marret (1878-1964), Valentine Reyre, Paul de Laboulaye (1902-1961) et Georges Ballot (1866-1942).

Les huit félicitées de saint Matthieu dans l'église d'Epinay-sur-Seine

Les sculptures colossales en pierre adossées aux murs de refend des chapelles sont dues à Raymond Delamarre. Né en 1890 (mort en 1986), il est l'élève de Jean Coutan. Grand prix de Rome en 1919, Delamarre est réputé pour le gigantisme de ses œuvres comme en témoignent son monument à la gloire des « Défenseurs du canal de Suez » (1929), le grand bas-relief « Arts et Légendes » pour le paquebot Normandie (1929) ou « Les Connaissances humaines » au sommet du Palais de Chaillot à Paris réalisées pour l'Exposition Internationale de 1937. Dans la nef de Notre-Dame-des-Missions-du-Cygne d'Enghien, le sculpteur évoque quatre des huit félicités énoncées par saint Matthieu lors de son sermon sur la montagne en Syrie. Les quatre autres béatitudes sont dues à Anne-Marie Roux-Colas (née en 1898). L'église Notre-Dame-des-Missions-du-Cygne d'Enghien est classée monument historique depuis 1994. En 2007, différents travaux de restauration générale ont été réalisés ou sont encore en cours (voir le site des Amis de Notre-Dame-des-Missions).

Notre-Dame des Missions
102 avenue Joffre

93800 EPINAY-SUR-SEINE
48.959436 , 2.299452
tel tel : 01 48 41 13 10 (Accueil public et groupes)
Accès Accès
Bus : 154, 354, Cygne d'Enghien
RER : C, Epinay-sur-Seine
Métro : Ligne 13, Porte de Clichy
Route : N14
Notre-Dame des Missions, 102 avenue Joffre, 93800 EPINAY-SUR-SEINE

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