Vous êtes ici : Accueil  > Patrimoine

L'étonnante expérimentation de la Cité Merlan - Interview d'Hélène Caroux


  • Cité experimentale de Merlan à Noisy-le-Sec
  • Cité expérimentale de Merlan à Noisy-le-Sec
  • Cité experimentale de Merlan à Noisy-le-Sec, maison Cimap

L'habitat pavillonnaire a le vent en poupe. Deux confinements ont fait leur œuvre. Après des années de ringardisation, le pavillon de banlieue revient sur la liste de l'habitat désirable. Sa pièce en plus et son petit jardin s'apparentent aujourd'hui à une qualité de vie que des espaces exigus en centre-ville ne peuvent proposer. 

Profitons-en pour revenir sur l'étonnante histoire de la Cité expérimentale de Merlan à Noisy-le-Sec avec sa spécialiste Hélène Caroux, chargée d'inventaire du patrimoine contemporain au Département de la Seine-Saint-Denis.

L’habitat pavillonnaire revient à la "mode". Il existe une cité expérimentale dans le quartier Merlan à Noisy-le-Sec. De quoi s’agit-il ?

Hélène Caroux : Il s’agit d’un ensemble de maisons construites juste après la Seconde Guerre Mondiale par le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme. Ce projet s’inscrit dans la politique des chantiers expérimentaux que ce ministère met en œuvre afin de favoriser l’industrialisation du bâtiment, mais aussi en vue de repenser et de normaliser l’habitat afin qu’il soit à la fois économique, familial et confortable. Celui de Noisy-le-Sec est l’un des plus remarquables par l’ambition, la diversité des matériaux et les procédés constructifs employés, et plus largement, par les expérimentations qui y ont été tentées. En effet, 55 maisons ont été construites entre 1945 et 1953 dont 26 – et c’est en cela une très grande originalité – viennent de pays étrangers. En outre, chacun de ces pavillons a été édifié selon un procédé de construction, un plan et avec un architecte différent. Sans compter qu’ils étaient tous équipés, ce qui constituait une véritable nouveauté à l’époque.

Si je comprends bien, il s’agissait d’inventer la maison de demain. Cette expérience a-t-elle eu des répercussions sur l’habitat « d’aujourd’hui » ?

H.C. : Oui, dans une certaine mesure, car ces expériences ont contribué à apporter des solutions pour améliorer le confort dans des habitations « économiques » : confort thermique, acoustique, d’habitabilité… Elles ont également participé à cette recherche sur l’élaboration de plan-type qu’officialisera le "plan Courant" quelques années plus tard afin de garantir aux occupants des surfaces minimales, des intérieurs fonctionnels et confortables et ce, pour l’ensemble de la famille. Par exemple, afin de rendre plus rationnelles les pièces, les placards intégrés devinrent la règle pour l’ensemble des maisons françaises, éléments qui nous semblent aujourd’hui courants. De même, certaines maisons de la cité furent meublées avec du mobilier pratique et ergonomique, dont l’auteur, René Gabriel, est aujourd’hui considéré comme l’un des pères de la production en série du mobilier.

70 ans après, ces pavillons sont-ils toujours habitables ?

H.C. : Bien sûr ! Certes, avec le temps et les besoins qui sont ceux des familles aujourd’hui, nombre de ces pavillons ont fait l'objet de travaux. Toutes les maisons n’avaient pas les mêmes surfaces et variaient de 2 à 5 pièces. Il était donc normal que les plus petites maisons puissent être agrandies. Depuis, 2000, date de la protection au titre des monuments historiques des 43 maisons sur les 55 qui étaient toujours en place, ces travaux ne peuvent se faire sans l’accord de l’architecte des bâtiments de France afin que cette cité puisse conserver une cohérence d’ensemble et les maisons d’origine, leur singularité.

Savez-vous s’il existe une fierté pour les habitants de vivre dans ce « moment d’histoire » ?

Pour une partie d’entre eux, c’est une réalité. A l’occasion d’entretiens menés auprès d’habitants il y a quelques années, certains avaient acheté leur maison en connaissant cette histoire, d’autres au contraire l’ont découverte à l’occasion de travaux menés par des étudiants en écoles d’architecture, de visites ou de publications. Tous conviennent que c’est une chance de vivre dans ces maisons avec d’aussi grands jardins, à seulement un quart d’heure de Paris.

Mardi 24 Novembre 2020 - 10:19

Inscription à la newsletter

Inscrivez-vous à notre bulletin d'information grand public pour recevoir directement par courrier électronique l'actualité du tourisme, les visites exclusives et nouveautés, ainsi que des idées de loisirs, sorties et spectacles et bons plans à venir en Île-de-France.

* Champs obligatoires

Partagez


Site par ID-Alizés