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Une ville construite en pleine forêt de Bondy : Tremblay-en-France


La forêt d'Aulnoye qui s’étendait depuis les confins du Pays de France jusqu'à Gagny constituait un massif de 3 500 hectares. C’était majoritairement une terre royale, administrée par le roi, mais certaines portions appartiennent à l'abbaye de Saint-Denis, comme à Tremblay où la partie de la forêt appelée le Bois-Saint-Denis dépend de l’abbaye.

Le Bois-Saint-Denis semble avoir atteint son boisement maximum au milieu du XVIIIe siècle. Son exploitation anarchique, puis son urbanisation au XXe siècle, l'ont mise à mal.

De l’importance des bois et forêts au Moyen âge

Les activités de chasse et de cueillette gardent une place importante dans l’alimentation de nos ancêtres. Ce n’est que très progressivement que l’agriculture et l’élevage constituent la part principale des ressources alimentaires. Si la forêt gêne l’extension des cultures, elle reste un apport considérable pour la société médiévale et ce, jusqu’à l’époque dite industrielle.

Les bois comme les landes présentent de nombreux attraits pour la population du haut jusqu’en bas de l’échelle sociale, du seigneur au paysan et du chevalier au charpentier. Pour les nantis, les bois sont le lieu de la chasse, l’habitat naturel du gros gibier. La forêt, c’est aussi le bois de charpente que des établissements de l’importance de l’abbaye de Saint-Denis consomment en grande quantité pour les bâtiments conventuels et les nombreuses dépendances (châteaux, fermes, granges).

Pour les plus humbles, les lieux boisés représentent une ressource inestimable. La liste serait longue des avantages que procurent les zones forestières : le bois pour les maisons, le chauffage, les outils, les haies de protections des champs en herbe, le lieu de pacage commun pour le bétail, la glandée pour les porcs, etc.

Les grands défrichements grignotent la forêt

Il en est des défrichements comme des grands mouvements sociaux : ils n’ont pas été uniformément répartis, ni dans l’espace, ni dans le temps. On relève néanmoins dans les textes les signes d’une activité générale intense dès 1150. Tout comme possédants et asservis ont des intérêts dans la conservation de la forêt, ils en ont dans un mouvement d’extension des zones cultivables. Les seigneurs grèvent ces nouvelles terres, ces novellas, de redevances en argent, le cens, d’autant que le numéraire circule de plus en plus dans l’Europe féodale. Cependant, le cens reste pendant très longtemps un impôt en nature et cette redevance amena la construction des granges aux dîmes, comme celle de Tremblay-en-France.

Un épisode nous montre les mesures prises pour défendre les forêts : en 1204, Gaucher de Chastillon, seigneur de Montjay, donne aux religieux de Saint-Denis sa "gruerie" de Tremblay, c’est-à-dire les bois et les droits attenants qu’il possède en ces lieux. Lors de cette donation, confirmée par le roi, Philippe-Auguste, à Henri de Troon, l’abbé de Saint-Denis, il est précisé que ces bois peuvent être aliénés mais non rasés. Ainsi, en pleine période de défrichements, des mesures sont prises afin d’éviter la disparition trop rapide des ensembles boisés.

Les paysans, quant à eux, agrandissent leur terroir cultivable. De vastes entreprises de défrichements (et d’assainissement des marais) sont entreprises sous la conduite du seigneur de Tremblay, l’abbé de Saint-Denis. Mais l’extension des cultures se fait plus discrètement par le biais de "l’essartage", culture semi-forestière, qui consiste à grignoter des friches et des bois, repoussant chaque fois un peu plus les limites des champs au détriment du Bois-Saint-Denis.

Le canal de l’Ourcq en pleine forêt

Tremblay-en-France est aujourd’hui réputée pour sa verdure et ses sites naturels qui ont été sauvegardés de l'urbanisme sauvage des années 1960-1970. Son massif boisé de 70 hectares, hérité des grandes forêts qui couvraient le Nord de l’Île-de-France, fait de Tremblay-en-France l'exception verte de la Seine-Saint-Denis. Une exception confirmée par la présence du canal de l'Ourcq au sud, ainsi que par les rives du Sausset au nord.

Lorsqu’il entreprend les travaux de percement du canal, l’ingénieur Pierre Simon Girard étudie la topographie du site. Dans son rapport à l’assemblée des Ponts et Chaussées, le 4 prairial an XI (24 mai 1803), il en fait une description topographique qui nous permet d’imaginer le lieu avant la percée du canal : "on se trouve à la sortie de cette forêt par l’allée du Raincy, à la vue du village de Sevran. La plaine que l'on traverse pour s’y rendre est à peu près de niveau jusqu'au chemin qui conduit de la route de Meaux à ce village ; mais à partir de ce chemin, le terrain  commence à s’élever du sud-ouest au Nord-est ; il s’élève de plus en plus à travers les bois du Vert-Galant, de Saint-Denis et de Laplanche, d’où il s’incline en sens opposé pour former le lit du ruisseau de l'Arneuse, dont la Marne reçoit les eaux (…)".

Le canal de l’Ourcq "sectionne" la commune de Tremblay-les-Gonesse dans sa partie étroite et isole le Bois Saint-Denis au nord du Vert-Galant au sud. En ce début de XIXe siècle, le sud de la commune présente encore bien des aspects de la campagne de l’Ancien régime. Les bois couvrent une large étendue et la voie d’eau se trouve ainsi en pleine forêt. Cet aspect "nature" évolue dans les années 1920 lorsque les lotis prennent possession de leurs parcelles et amorcent l’urbanisation moderne.

Un plan décennal pour le développement de l’espace boisé de Tremblay

Aujourd’hui, Tremblay-en-France entend développer et améliorer son patrimoine naturel et notamment ses 70 hectares d’espaces boisés et classés. Depuis fin 2010, la ville a lancé deux expertises afin de recenser la totalité des arbres et des bois de la commune. Ces expertises ont permis d’établir, d’une part, un diagnostic et, d’autre part, un plan de gestion pour chaque type d’essences. Chênes et charmes constituent la majorité des espaces forestiers, extrêmement fragilisés par la sécheresse, le tassement des sols, le réchauffement du climat, la pollution.

Pour lutter contre l’appauvrissement de l’écosystème, la ville de Tremblay mène une étude sur les sols, les espèces végétales et animales qui a pour objectifs de définir des solutions pour préserver les bois, poumon vert de la ville, leur redonner un équilibre avec des essences diversifiées et relancer la faune intérieure. Ce plan de gestion doit s’établir sur dix ans, en tenant compte des usages et des événements climatiques récents. En effet, depuis 2005, la dégénérescence des massifs s’accélère et beaucoup d’arbres meurent de façon spontanée. La terre s’appauvrit et les insectes ont presque disparus. Le plan de gestion 2010-2020 doit donc trouver la manière d’adapter les espaces boisés à cette situation.

En complément de son patrimoine boisé, la ville a réalisé l’inventaire complet des arbres de son territoire. De septembre à décembre 2010, Tremblay a expertisé les 4 000 arbres présents dans les rues, parcs et jardins de la ville, répertoriant espèces, hauteur, largeur, état de la couronne, blessures au tronc, aux branches ou aux racines, etc. Chaque arbre a été géo-localisé par GPS et ses caractéristiques répertoriées. Après les défrichements du Moyen-âge et le grignotage de la forêt par l’urbanisation du XXe siècle, Tremblay-en-France démarre, au XXIe siècle, une nouvelle étape : le développement du patrimoine arboré et forestier de son territoire.


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