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La Résidence Germain Dorel au Blanc-Mesnil


Construit dans les années 1930 par l’architecte Germain Dorel, dans le quartier dit de l’Aviation, un ensemble d’H.B.M., longtemps appelé la Cité 212, est particulièrement remarquable. Inspirés de l’architecture autrichienne des années trente, ses bâtiments constituent un vaste ensemble de 581 logements. La Cité 212, originellement construite à proximité de la ligne de tramway qui allait jusqu’à Paris-Opéra, est la première réalisation d’H.B.M. du Blanc-Mesnil.

La Sécession viennoise au Blanc-Mesnil

Dès 1892, à Munich, des artistes dissidents déclenchent en Allemagne et en Autriche un mouvement de Sécession en réaction à l’académisme, le naturalisme et le nationalisme. Parmi ces artistes, on trouve Frantz von Stuck, Gustave Klimt, Egon Schiele, Max Libermann. Pour ses propres travaux, l’architecte Dorel s’inspire de l’architecture autrichienne des années trente. Le mouvement Art nouveau fut en Autriche une forme singulière sous-tendue par un idéal de réforme sociale, profondément révolutionnaire dans ses formes, malgré un vocabulaire décoratif (frises, sculptures allégoriques) inspiré par un spiritualisme pseudo médiéval. L’influence de cette école viennoise déborde largement les frontières autrichiennes comme en témoigne la Cité 212. Ses promoteurs, comme Wagner, mais surtout ses élèves, Olbrich et Hoffmann, défendent une esthétique violemment anti-académique.

La modernité dans l’architecture d’une cité d’H.B.M.

La première base aérienne française est créée en 1914 entre le Bourget et Dugny. En 1919, « l’aéroport de Paris » s’ouvre à l’aviation civile et, en 1929, plus de 45 000 voyageurs y embarquent. Au nord du terrain d’aviation, la cité H.B.M. du Pont-Yblon et celle du 212 avenue du 8 mai 1945 (RN2), toutes deux conçues par l’architecte Germain Dorel (1889-1970), complètent un ensemble voué à l’aviation. La première, située sur le territoire de Dugny, est séparée du centre ville par le terrain d’aviation. La seconde, face à l’aéroport du Bourget, se trouve sur le territoire de Blanc-Mesnil. Lors de la conception de ces deux projets, une cité-jardin devait relier Pont-Yvon et la Cité 212 mais elle ne fut jamais réalisée.

La cité 212, construite entre 1933 et 1936, est une réussite architecturale en matière d’habitat collectif. Vraisemblablement inspiré par le Karl Marx Hof construit à Vienne en 1927, cet ensemble est destiné à l’origine aux employés du terrain d’aviation et aux ouvriers des usines environnantes. Puis, la cité est occupée en grande partie par des gardes mobiles jusque dans les années soixante-dix.

Ses bâtiments se succèdent dans l’alignement de leurs arches centrales, tantôt en anse de panier, tantôt en arc brisé, donnant une profondeur à l’ensemble, que renforcent les médianes de la polychromie et la répartition pyramidale des balcons. Les façades sont ornées de bas-reliefs moulés, en béton brut, dans le style Art déco, ainsi que de vives figures en ronde-bosse. La figure féminine domine la statuaire.

La préoccupation hygiéniste des années trente se traduit dans le logement social de cette période par une volonté esthétique de souligner les ouvertures, témoins de la circulation de l’air. Au 212, la verticalité est privilégiée. Les travées de vitres (disposées horizontalement) éclairent et soulignent les cages d’escalier verticales. Le hublot, référence à la construction navale, signale le départ des escaliers. Dans les années qui suivent le premier conflit mondial, le mythe de la modernité est symbolisé par les paquebots de luxe affichant leur splendeur au gré des traversées de l’Atlantique.

Dans cette réalisation, Dorel multiplie les matériaux, les formes et les couleurs. Longtemps délaissée, la cité a été classée en 1996 et soigneusement restaurée. Sa réhabilitation restitue et met en valeur cette variété imposée par son concepteur avec ses carreaux cassés rouges, ses grès cérames roses, l’enduit tyrolien jaune et l’enduit blanc sur soubassement gris. Le caractère éclectique de la décoration conçue par Dorel avait pour ambition de rallier les classes populaires à un modernisme tempéré.

Un appartement témoin de la vie des années trente

Au temps où les Parisiens venaient au Bourget, comme au spectacle, accueillir les héros modernes, ceux qui traversaient la Manche puis l’Atlantique à bord de leurs machines volantes, le nouveau quartier attirent les professionnels de l’aviation par sa proximité de l’aéroport. Jeanne Fontaine, première hôtesse de l’air de France (et probablement du monde) en 1922 et André Lapierre, mécanicien du célèbre aviateur Jean Mermoz, ont l’une et l’autre habité dans la cité construite par Germain Dorel.

Depuis sa réhabilitation, la Cité 212 devenue la Résidence Germain-Dorel, possède un appartement témoin, souvenir de la vie des années trente dans une cité H.B.M.

Photos de la Cité Germain Dorel








Photos © Madeleine Leveau-Fernandez


Site par ID-Alizés