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La première maison en béton de France : la maison François Coignet à Saint-Denis


La Seine-Saint-Denis a souvent été le cadre d’expérimentation notamment avec les nouveaux matériaux. C’est le cas pour la première maison en béton que son propriétaire fait construire en ciment, à Saint-Denis, en 1852-1853. Avec ses moulages, sa corniche et sa balustrade en béton, la maison Coignet, située 72 rue Charles-Michels à Saint-Denis, est la plus vieille maison en béton de France et reste encore aujourd’hui une pièce maîtresse de l’histoire mondiale de l’architecture.

Le précurseur Coignet décrié par ses pairs

François Coignet (1814-1888), un industriel lyonnais, décide d’implanter une usine à Saint-Denis. Pour la construction de cette usine, il utilise des agglomérés en béton de mâchefer. Il demande à l’architecte Théodore Lachez (18 ?-1884) d’y adjoindre sa propre maison en béton, dessinée selon des plans classiques. L’usine, le grand égout la reliant à la Seine, un réservoir d’eau, la maison et le mur de terrasse sont réalisés en « béton pisé, moulé et massivé » (béton pisé coulé dans des coffrages).

En 1855, une commission de quatorze architectes présidée par Henri Labrouste vient visiter les lieux. Au moment de la visite, les bâtiments (les murs ont de 12 à 15 mètres de haut) ne possèdent aucun plancher, ni chaîne pour résister à l’écartement des murs. L’architecte n’a utilisé pour les murs, les voûtes et les baies des portes et fenêtres que du béton pisé. Les moulures décoratives et la corniche qui couronne le bâtiment ainsi que la balustrade sont en béton moulé et massivé. Le rapport de la commission est sans concession pour la réalisation arguant que « M. Coignet a été conduit, moitié hasard, moitié observation, à l’idée de faire un béton par mélange de cendres et scories avec de la chaux grasse, et d’employer ce béton de la même manière qu’on emploie la terre du pisé. » D’autre part, le rapport émet de sérieux doutes quant à la solidité de la maison, parlant d’une pratique pouvant « être utile ou dangereuse ».

François Coignet n’aura de cesse de populariser sa méthode, brevetée sous le nom de « pierre artificielle », imitation de pierres de taille coulées en béton. En vain. Il a face à lui, les grands entrepreneurs de construction parisiens. Abandonnée pendant de longues années, squattée et très détériorée, la maison de la rue Charles-Michels est toujours debout. Plus encore : l’état de ses murs tend à justifier la confiance que Coignet avait placée dans son matériau. Elle appartient aujourd’hui à une société privée et est classée monument historique depuis 1998.

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