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Les conditions de travail des maraîchers


Le mode de vie des maraîchers se différencie radicalement de celui des agriculteurs. Le marais est le plus souvent petit, rarement plus d’un hectare. La maison d’habitation est située sur le terrain d’exploitation, le travail étant trop intensif pour s’accommoder d’un habitat éloigné. "Le maraîcher ou l’horticulteur n’est pas un membre de l’ancienne communauté rurale adoptant une technique nouvelle sur des terres qu’il exploitait déjà, c’est un spécialiste expulsé d’une zone plus proche de la ville ou un ancien ouvrier qui s’établit à son compte ; ces immigrés montent des établissements du même type que ceux où ils ont déjà exercé leur activité : ils louent ou plus souvent achètent une pièce de terre d’un seul tenant sur laquelle ils peuvent faire des aménagements rationnels et construire leur habitation" écrit, en 1956, Michel Philipponeau dans sa thèse, La vie rurale de la banlieue parisienne.

Description des maisons maraîchères

Jean Joubert fait dans son Histoire du Bobigny maraîcher une description du marais typique dans cette commune, description qui peut s’appliquer à l’ensemble des maisons maraîchères de la Seine-Saint-Denis. Passé le lourd portail, s’élève la maison de moellons de calcaire suffisamment vaste pour y loger la famille et les ouvriers. Elle comprend un étage au-dessus d’un rez-de-chaussée généralement surélevé par un sous-sol servant d’atelier et de réserve à légumes. Le grenier abrite les paillassons et le matériel d’emballage. Près de la maison, une remise abrite la charrette puis, plus tard, la camionnette et la machine à laver les légumes. La maison de culture du 11 rue de l’Abreuvoir à La Courneuve est, quant à elle, composée de quatre corps de bâtiment formant avec un mur aveugle un ensemble architectural à cour fermée. Elle comprend, comme celle de Bobigny, une partie habitation familiale, une autre pour loger les ouvriers, un grenier, un hangar, une remise pour véhicule et un coin écurie. Dans chaque maison de maraîcher, la cour intérieure est le plus souvent pavée et fermée par une porte cochère. Les tas de fumiers, volumineux, exhalent une odeur caractéristique qui se substituait à celle des usines, non loin.

L’habitation et le marais

L’habitation et le marais se signalent de loin grâce au réservoir à eau, passé au goudron, et disposé en hauteur afin de recevoir les eaux de pluie. De près, une autre particularité s’affiche avec l’utilisation de cloches et de châssis destinés à hâter les cultures et garantit au maraîcher sa vocation de vente de primeurs. L’entreprise conserve la structure familiale, artisanale, caractéristique de l’ancienne corporation des jardiniers. Patrons et ouvriers partagent la même existence très dure. Levés tôt, leur journée commence à 4 ou 5 heures du matin jusqu’à 20 ou 22 heures, selon la saison, le travail n’étant interrompu que par les repas et, l’été, par une courte sieste.

Le maraîcher porte ses produits aux Halles

Autrefois, lorsqu’il était peu éloigné des Halles, le maraîcher y portait ses produits à dos, dans une hotte. Puis, l’introduction du cheval et de la charrette (puis, plus tard, de la camionnette) apporte un bien être relatif, surtout pour le patron qui ne quitte plus la maison. Sa femme et le "garçon", chargé de conduire la voiture, se rendent chaque jour jusqu’aux Halles de Paris pour vendre la production. L’extension de la culture des légumes nécessitant une plus grande quantité de fumier pour constituer les couches, une fois les produits déposés aux Halles, le garçon fait le tour des administrations utilisant des chevaux ou des particuliers ayant des écuries à Paris pour y collecter le précieux fumier. Puis il rejoint la patronne qui, elle, s’est chargé de la vente, et ils rentrent tous deux, la charrette pleine de fumier. De retour au marais, le garçon reprend le travail avec le patron et les autres ouvriers. La patronne joue toujours le rôle essentiel. Presque toutes les nuits, elle va vendre aux Halles les légumes qu’elle a préalablement lavés et préparés. En plus de ses travaux ménagers, elle trouve encore le temps d’aider les hommes sur les marais.

Maraîchers et cultivateurs

Ainsi, tout oppose le groupe des cultivateurs à celui des maraîchers : l’origine, l’habitat, le mode de vie, les intérêts (l’arrivée des maraîchers fait croître le prix de location des terrains et celui de la main-d’œuvre, au détriment des cultivateurs). Les deux groupes restent complètement étrangers et, Michel Philipponeau affirme que "jamais nous n’avons rencontré ni vu citer le cas d’un cultivateur s’établissant comme maraîcher en transformant ses champs en marais". Lorsque les cultivateurs tentent de s’adapter, c’est en pratiquant la culture de plein champ, et encore, les céréales y demeurent dominantes. Maraîchers et cultivateurs se sont même parfois opposés politiquement.


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