seine saint denis

Remontage de la flèche de Saint-Denis

Flèche de la basilique sur planSur l’initiative de la Ville de Saint-Denis et de la communauté d’agglomération Plaine Commune et avec l'accord du Ministère de la Culture et de la communication, la flèche de la basilique, démontée au XIXe siècle va être remontée dans le cadre d'un chantier qui sera visitable à partir du printemps 2018.

Construite au début du XIIIe siècle, la flèche de Saint-Denis fut considérée, en son temps, comme un des ouvrages les plus spectaculaires de la région parisienne. Dans la tradition des flèches de pierre romanes, elle achevait la construction du massif occidental de l’abbatiale, entreprise quelques décennies plus tôt par l’abbé Suger. Figurant sur toutes les représentations anciennes de l’abbaye et de la ville, elle fut épargnée par les Guerres de Religion, comme par la Révolution. À la suite des travaux commandés par Napoléon Ier pour remettre en état la basilique, elle fut restaurée par l’architecte François Debret, en 1837-1838.

Façade dénaturée et démontage de la flèche de la basilique

Au printemps 1846, déstabilisée par les tornades de 1842, 1843 et 1845, la flèche dut être précautionneusement démontée pour permettre la consolidation de la tour qui la portait, et elle devait être remontée par la suite. Cependant, une polémique fut activée par l’architecte Eugène Viollet-le-Duc, qui accusa Debret d’erreurs techniques. Elle entraîna la démission de Debret, et son remplacement par son principal détracteur. Amplifiant la nature des désordres, et affirmant que la façade de la basilique avait été dénaturée, Viollet-le-Duc poursuivit le démontage de la flèche par celui de la tour nord. Il proposa même la démolition complète de la façade et son remplacement par un projet neuf, comportant deux flèches symétriques. Ce dernier projet n’eut pas de suite, et le remontage de la flèche fut abandonné au profit d’autres priorités. Depuis 1847, la façade de la basilique reste donc amputée de sa flèche et de sa tour nord.

Avant cette démolition, les travaux effectués par François Debret avaient été accompagnés de relevés et d’attachements exceptionnellement complets. Ces documents, conservés aux Archives nationales et à la Médiathèque du patrimoine, représentent les ouvrages avec un niveau de détail remarquable. D’autres relevés furent réalisés pendant les opérations de démontage, afin de permettre un remontage aussi fidèle que possible. Ainsi, les façades de la tour et de la flèche sont représentées avec leur appareil de pierre, coté précisément, et tous leurs détails d’exécution. D’autres dessins donnent les élévations intérieures de la tour, celles de l’escalier, des clochetons et du fleuron sommital, le détail des écailles habillant la flèche, et plusieurs coupes indiquent l’implantation exacte de chacun des ouvrages. Les archives précisent même les tirants ou crochets métalliques qui liaisonnaient entre elles les assises de pierre. Ces documents sont complétés par de nombreux croquis, par des photos qui comptent parmi les incunables de la photographie, et par les nombreuses pierres déposées, qui sont encore conservées dans le jardin arrière de la basilique. D’une manière qui peut sembler paradoxale mais qui est bien réelle, la flèche de Saint-Denis est aujourd’hui plus précisément et plus complètement documentée que beaucoup de flèches médiévales qui sont encore en place.

Depuis le milieu du XIXe siècle, il est frappant de constater que tous les ouvrages historiques consacrés à Saint-Denis déplorent la disparition de la tour nord et de la flèche de la basilique, en regrettant qu’elles aient été victimes, l’une et l’autre, d’une médiocre querelle architecturale. L’idée de leur remontage s’est donc imposée peu à peu, au point de devenir un véritable objectif municipal. En 1987, Marcelin Berthelot, maire de Saint-Denis, lança officiellement le projet. En 1991, une étude fut commandée par le Ministère de la Culture à l’architecte Jacques Lavedan, qui conclut aux parfaites possibilités technique et scientifique du remontage de la flèche. Une variante contemporaine fut également envisagée, puis écartée par la Direction du patrimoine. Le projet aujourd’hui engagé se situe donc en toute continuité intellectuelle et la restauration de la façade de la basilique lui a donné une nouvelle légitimité.

Reconstruire la basilique selon certaines dispositions

Flèche de la basiliqueExpression de toutes les hardiesses, les grands clochers ont toujours été des ouvrages dont la forte valeur symbolique a été mise en cause par la relative fragilité de leurs structures. En même temps que Debret travaillait à Saint-Denis, l’architecte Henri Labrouste démontait la tour nord de la collégiale de Mantes, et c’est son successeur, Alphonse Durand, qui mena à bien son remontage, en 1851-1853. Lorsque s’effondra le grand clocher de Saint-Marc de Venise, en 1902, chacun convint de le reconstruire selon les dispositions qui faisaient de lui une des principales composantes historiques de la ville. Plus récemment, la reconstruction des églises de Varsovie et de Dresde a marqué la renaissance de ces villes victimes de la dernière guerre mondiale. Depuis 1964, la charte de Venise codifie les travaux effectués sur les édifices patrimoniaux et s’élève contre les adjonctions ou reconstructions arbitraires. Toutefois, contrairement à une idée reçue, elle ne s’oppose en rien au remontage d’un ouvrage ancien parfaitement documenté. C’est même en vertu de la charte de Venise que la Frauenkirche de Dresde a été dernièrement reconstruite, avec sans doute moins de plans anciens que n’en conserve la flèche de Saint-Denis, et c’est en respectant scrupuleusement cette même charte que les jardins de Hampton Court ou de Herrenhausen ont été intégralement replantés.   

Au-delà des questions de doctrine, le remontage de la flèche de Saint-Denis s’est heurté longtemps aux dépenses qu’un tel ouvrage pouvait représenter. Effectué par des entreprises traditionnelles, ce travail était estimé en 1992 à 60 millions de francs. L’accord donné alors par le ministère de la Culture pour le remontage de la flèche de Saint-Denis, était d’ailleurs conditionné à l’absence de toute aide financière de l’Etat, mobilisé en priorité par la restauration de la basilique. Or, les expériences récentes des chantiers de l’Hermione, à Rochefort, et de Guédelon, dans l’Yonne, ont montré que des chantiers exceptionnels pouvaient être source d’une véritable curiosité publique et généraient une fréquentation capable d’équilibrer leurs frais. Depuis dix-huit ans, le chantier de Guédelon a attiré plus de cinq millions de visiteurs, qui ont intégralement couvert les dépenses d’une équipe permanente de quarante personnes, ainsi que tous les frais de la construction d’un gros château médiéval. Accompagné d’un comité scientifique de haut niveau, ce chantier a également permis de retrouver des techniques et des méthodes de travail qui bénéficient désormais aux restaurations traditionnelles. En tirant parti de cette expérience et en bénéficiant de la localisation de Saint-Denis au cœur de la région parisienne, l’ouverture au public du chantier de la flèche développera un attrait pédagogique sans équivalent. Ce chantier augmentera la fréquentation de la basilique et sera capable d’attirer sur les travaux de restauration le mécénat qui leur manque actuellement. Il s’inscrira également dans la logique de revalorisation du centre historique de Saint-Denis, concrétisée depuis 1982 par la création de l’Unité archéologique de Saint-Denis et qui se poursuit, notamment avec l’ouverture au public de la « Fabrique de la ville ».

Pour répondre aux attentes de la ville, tout en respectant la charte de Venise, le projet ne consiste donc pas à reconstruire une flèche à Saint-Denis, mais bien à remonter la flèche ancienne de la basilique. Parallèlement, la possibilité de réaliser le projet sans financement public dépend, elle aussi, de la conformité historique de l’ouvrage. En effet, seul un chantier montrant les techniques anciennes de taille et de mise en œuvre des pierres est capable d’attirer les visiteurs curieux de comprendre la réalité d’un chantier médiéval. La conformité du projet avec ses dispositions historiques est directement liée à sa capacité d’autofinancement. Le projet consiste donc à remonter la tour et la flèche nord de la basilique exactement dans l’état où elles furent restaurées par l’architecte François Debret, en 1837-1838. Avec la restauration de la façade occidentale, l’ensemble du massif occidental de la basilique présentera un aspect cohérent, témoignage des dispositions de l’abbatiale aux XIIe et XIIIe siècles, mais également des premières restaurations menées en France au début du XIXe siècle.

Sur le thème de l'architecture de la Basilique :

Dégradations et premières rénovations de la Basilique
La profanation des tombes royales

L'art des maîtres verriers depuis le Moyen Âge

Comité de parrainage pour le remontage de la flèche de la basilique de Saint-Denis

Président : Erik ORSENNA, écrivain et académicien français

Membres :
Alain BARATON, jardinier et chroniqueur
Stéphane BERN, journaliste
Phlippe BELAVAL, président du Centre des monuments nationaux
Luc BESSON, producteur et cinéaste
Patrick BOUCHAIN, architecte
Patrick BRAOUZEC, président de Plaine-Commune
Jean-Claude CASADESUS, directeur de l’orchestre national de Lille
Stéphane CLEMENT, dit Marko, artiste grapheur, dionysien
Patrick DE CAROLIS, directeur du Musée Marmotttan Monet
Pascal DELANNOY, évêque de Saint-Denis
Francis DUBRAC, président de l’Office de tourisme de Saint-Denis/Plaine commune
Jean-Pierre DUPORT, préfet de région honoraire
Alain ERLANDE-BRANDENBURG, historien de l’art médiéval, conservateur général honoraire du patrimoine
Christian FORESTIER, administrateur général du CNAM
Jean-Louis GEORGELIN, Grand chancelier de la légion d’Honneur d'Honneur
Eric GROSS, directeur de l’Institut national du patrimoine
Jean-Luc HEES, président de Radio France
Anne-Marie HELVETIUS, directrice du centre de recherches historiques-Université Paris 8
Anne HIDALGO, maire de Paris
Jean KIRAS, artiste peintre
François KOSCIUSKO-MORIZET, maire de Sèvres
Jack LANG, ancien ministre de la culture, président de l’Institut du monde arabe
Jacques LE GOFF, historien médiéviste
Jean-Michel LENIAUD, directeur de l’Ecole nationale des chartes
Agnès MAGNIEN, directrice des archives nationales
Fabien MARSAUD, dit Grand Corps Malade, auteur compositeur, interprète, dionysien
Didier PAILLARD, maire de Saint-Denis
Valérie PECRESSE, présidente du Conseil régional d'Île-de-France
Daniel PICOULY, écrivain
Philippe PLAGNIEUX, professeur d’histoire de l’art médiéval, Université Franche-Comté
Patrick OLLIER, président de la Métropole du Grand Paris
Jack RALITE, ancien ministre et animateur des états généraux de la culture
Nathalie RAPPAPORT, directrice du Festival de Saint-Denis
Nicole RODRIGUES, directrice de l’Unité d’archéologie de Saint-Denis
Danièle TARTAKOWSKI, présidente de l’Université Paris 8
Jacques TOUBON, ancien ministre de la culture, Président de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration
Jean-Claude WAQUET, président de la fondation campus Condorcet
Franco ZAGHARI, architecte
Zaïa ZIOUANI, chef d’orchestre, directrice de l'école de musique et de danse de Stains

Ils soutiennent le projet :
Claude BARTOLONE, président de l’Assemblée nationale



Inscrivez-vous aux visites

Site par ID-Alizés