seine saint denis

Dégradations et premières rénovations de la Basilique Saint-Denis

Pour les villages des alentours de Paris, les XIVe et XVe siècles sont des siècles de calamités : famines, épidémies, guerre de Cent Ans et guerre civile jalonnent la vie des paysans et détruisent les villages et les lieux de culte.

Aux périodes de disettes et aux guerres s’ajoutent les inondations redoutables dues aux débordements de la Seine et du Croult. Les plus importantes, celles restées dans les textes comme ayant atteint la basilique ou le monastère, ont eu lieu en 1206, 1286, 1657 et pendant l’hiver 1764-1765, apportant leurs propres dégradations aux bâtiments.

Les Armagnacs, les Bourguignons, puis les Frondeurs investissent Saint-Denis

L’église abbatiale ayant été pillée de nombreuses fois au cours des XVe et XVIe siècles, les autels et les gisants subissent de gros dommages. La guerre civile qui oppose à partir de 1407 les Armagnacs et les Bourguignons provoque de nombreux pillages dans les villages et les églises. L’auteur (anonyme) du « Journal d’un bourgeois de Paris » écrit : « En pleines vendanges, entre le samedi et le dimanche, le 3 octobre 1411, vers minuit, les bandes d’Armagnacs vinrent au plus près de Paris, à Pantin, Saint-Ouen, La Chapelle-Saint-Denis, Montmartre, Clignancourt et assiégèrent Saint-Denis. Ils firent tant de mal qu’on les eut pris pour des Sarrasins, pendant les gens par les pouces ou par les pieds, tuant, rançonnant, violant les femmes, mettant le feu : on ne voyait plus personne qu’eux-mêmes. »

La bataille de Saint-Denis (10 novembre 1567)
Illustration du "canard" imprimé à Lyon par Jean Le Maistre.

Anne Lombard-Jourdan, dans son ouvrage sur la Plaine-Saint-Denis, rapporte que lors de l’inhumation de la reine Isabeau de Bavière, en 1435, tant d’Armagnacs infestaient la région, que le corps de la défunte dut être transporté par la Seine jusqu’au port de Saint-Denis où l’abbé et les moines vinrent le chercher pour l’emmener jusqu’à la Basilique.

Durant la Fronde (1648-1653), les détériorations continuent. Les troupes royales et celles de Condé se livrent une guerre d’escarmouches. Le 12 mai 1652, des frondeurs s’étant réfugiés dans les tours de l’église, les troupes du roi les y assiègent et mettent le feu aux vantaux du portail central afin de les pousser à sortir.

La transformation de l’espace liturgique

Tout au long du XVIIe siècle, l’intérieur de la basilique subit des rénovations, des ajouts, des agrandissements et l’espace liturgique est remanié à plusieurs reprises. Dans la première moitié du siècle l’autel majeur est démoli (en 1610) ainsi que plusieurs autres autels latéraux (de 1626 à 1628).

 Le nouvel autel des Corps-Saints est inauguré, en 1628, par l’évêque de Soissons. Il est l’œuvre du sculpteur Thomas Boudin. La reconstruction du grand autel est terminée en 1660. Le sanctuaire sur lequel il se trouve est agrandi, pavé de marbre noir blanc et décorée d’une balustrade. La première pierre de l’autel Saint-Benoît est posée en 1677.

Gravure du début du XVIIe siècle de Claude Chastillon

"La ville et mémorable abaie de Sainct Denie",
gravure du début du XVIIe siècle de Claude Chastillon.

1771 : l’année du grand nettoyage de la basilique de Saint-Denis

Durant la seconde moitié du XVIIIe siècle, les religieux font réaliser de nombreux travaux extérieurs notamment sur la façade qui est ravalée en 1771. La même année, le portail est entièrement échafaudé afin d’être nettoyé et réparé. Les saints en pierre situés entre les colonnes des cintres sont retirés, ce qui leur évitera d’être cassés par les révolutionnaires. Dans la foulée, le parvis est démoli et entièrement refait.

L’année 1771 est importante car, parallèlement aux travaux entrepris à l’extérieur de l’édifice, deux Italiens, les frères Pierre et Dominique Borrani, restaurent l’intérieur. Commencé en avril, le blanchiment intérieur de l’église est terminé dès le mois d’août. Les deux frères utilisent une méthode simple et rapide, procédant par petits morceaux de mur, montant et démontant l’échafaudage au fur et à mesure de l’avancement du travail.

Toutes les grilles du chœur, celles des chapelles du chevet et celles de la nef sont repeintes en noir ainsi que les différentes balustrades. Enfin, les anciennes stalles (chaises ou bancs à dossiers élevés qui se trouvent dans le chœur de l’église et où se tenaient les religieux pendant l’office) sont démolies en 1781 et remplacées par une menuiserie plus moderne.

À l’occasion de ce grand coup de propre, des côtes de baleines qui trônaient sur deux espèces de tasseaux au-dessus de la porte de l’orgue sont enlevées. Mesurant près de 6,50 mètres, les ossements de baleine avaient été déposés là pour la curiosité de la chose !



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