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L'ancienne usine Mécano à la Courneuve


Ancien bourg de maraîchers, La Courneuve devient, au début du XXe siècle, un centre industriel important. Si la désindustrialisation des années 1970 pose le problème essentiel des emplois, il s'accompagne de celui des friches industrielles qui parsèment le paysage de la commune. La municipalité, attachée à sa mémoire ouvrière, charge l'écomusée de La Courneuve d'effectuer un repérage des sites industriels les plus intéressants. Parmi les éléments repérés, Babcock, Johnson et Mécano sont intégrés au Plan d'occupation des Sols au titre du patrimoine local remarquable.

Avec l'ouverture de la gare, la métallurgie lourde s'installe à La Courneuve

Mecano La Courneuve, carte postale ancienneL'industrialisation de la Seine-Saint-Denis s'effectue par vagues successives. Le développement du chemin de fer dans le nord-est parisien et l'ouverture de la gare d'Aubervilliers-La Courneuve, en 1885, permet l'implantation de la métallurgie lourde dans le secteur et, tout particulièrement, à La Courneuve. C'est lors de cette vague d'industrialisation qu'est construite l'usine Mécano, en 1914. Mécano est une usine métallurgique spécialisée dans l'outillage de précision (tarauds, forets, fraises, alésoirs) et la petite machine-outil. Quelques années plus tard, Johnson, l'entreprise voisine de Mécano, est rachetée par les Aciéries de Champagnole, qui, entre autres activités, installent des ateliers de traitements thermiques des métaux et de calibrage. À la même époque, l'administrateur-directeur de Mécano est Paul Faber, le fondateur des Aciéries de Champagnole. Tout naturellement, Mécano va utiliser les aciers de sa voisine pour la fabrication de ses mèches américaines et ses outils de précision. Cette proximité entre matière première et chaîne de production permet une réduction importante des coûts et une meilleure gestion des stocks.

Implantée le long de la voie ferrée, l'actuelle ligne du RER B, l'usine Mécano est édifiée en plusieurs phases sur un terrain de plus de dix mille mètres carrés. Son style s'apparente au modèle américain des « daylight factory » (1) caractérisé par la construction d'ateliers en étages aux planchers libres, éclairées par des façades largement vitrées et des toits en terrasse. À cet égard, son architecture se rapproche de celle de sa voisine, l'entreprise Johnson. Mais, en associant morphologie vernaculaire et matériaux locaux, Mécano constitue en exemple unique, sur le département, de l'américanisation de l'architecture industrielle régionale. Ce modèle architectural américain, qui s'étend en Europe à partir de 1860, s'oppose au modèle des halles de plain-pied, comme c'est le cas pour l'usine Babcock, en privilégiant l'organisation verticale du processus de production. Une alternance de grandes baies verticales et de pilastres en meulières, matériau rappelant celui du bâtiment administratif, rythment les façades plutôt sobres des ateliers. Seule, une frise en briques blanches, relève le décor. Après la Seconde Guerre mondiale, les deux ateliers de plain-pied sont surélevés et couverts d'une toiture en sheds.

Le bâtiment des bureaux devient le reflet de la fiabilité de l'usine

D'une manière générale, l'architecture des bâtiments de bureaux se différencie quelque peu de l'ensemble car ceux-ci doivent refléter l'image de l'entreprise. Ils expriment la fierté et la fiabilité de l'usine. Le bâtiment des bureaux de Mécano à La Courneuve constitue un exemple particulièrement remarquable de cet objectif. L'allure générale du bâtiment des bureaux de Mécano s'apparente à un immeuble bourgeois. Construit en meulière, ses cinq étages bénéficient d'une décoration soignée. La brique polychrome habille les encoignures, les soubassements des baies, l'avant-corps central et les frontons. L'avant-corps, percé de fenêtres en œil-de-bœuf, abrite l'escalier. Le bâtiment est coiffé d'un toit mansardé dont les ouvertures sont couronnées par des frontons en briques polychromes. La présence de ces frontons n'est pas sans rappeler les corniches mansardées de l'hôtel de ville toute proche, créant une espèce de rivalité entre les deux gabarits.

Un bâtiment industriel intégré au patrimoine local remarquable

Mécano emploie 219 personnes en 1915 et près de trois fois plus une vingtaine d'années plus tard. La prise de contrôle de l'entreprise, en 1974, par le trust De Wendel, va être fatal à Mécano. Amputée de 30% de ses effectifs, l'usine métallurgique passe de 738 salariés à 540. Malgré le soutien des élus locaux, « la lutte des Mécanos » prend fin en 1978 avec l'arrêt complet de l'activité du site. Abandonnée, l'emprise est intégrée au patrimoine local remarquable après le recensement de l'écomusée de La Courneuve, en 1983, et la municipalité acquiert l'ancien bâtiment des bureaux de Mécano. Dans le respect des mesures de protection préconisées par son nouveau statut, l'édifice est réhabilité et utilisé comme garage et annexe administrative de l'hôtel de ville.

(1) Le « daylight factory » est le style architectural de la tour qui fut la toute première à atteindre les 10 étages dans le centre-ville de Montréal. Ce nom, « lumière du jour d'usine », émane du système utilisé pour faire entrer généreusement la lumière naturelle grâce à l'ouverture de grandes baies intégrées dans le bâtiment d'acier et de béton. Le Corbusier lui-même a utilisé ce principe de cadre à remplir uniquement de baies vitrées.

L'ancienne usine Mécano à la Courneuve

L'ancienne usine Mécano à la Courneuve
52 avenue Gabriel Péri

93120 LA COURNEUVE
48.9265363 , 2.3904245
 
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