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Le rôle de Napoléon 1er dans la restauration de la Basilique Cathédrale

Le sacre de l'Empereur Napoléon 1erLe 24 août 1790, Louis XVI promulgue le décret instituant la Constitution civile du clergé. Parmi les nouvelles règles liées à ce décret, les ecclésiastiques n’ayant pas « charge d’âmes », comme les moines, ne sont plus habilités à célébrer l’office. Le 14 septembre 1792, les religieux de Saint-Denis célèbrent leur dernier office et l’église abbatiale devient une église paroissiale. Puis, l’année suivante, les caveaux royaux sont profanés, les restes des reines et rois de France jetés dans des fosses communes et l’église laissée à l’abandon.

Napoléon Bonaparte projetant de transformer Saint-Denis en église impériale va changer le destin de l’édifice et sera à l’origine de la restauration profonde de l’ancienne église abbatiale, restauration qui commence en 1805. En premier lieu, il va restaurer les offices au sein de la basilique : par un décret du 19 février 1806, l’Empereur lance l’idée d’un chapitre national et épiscopal de Saint-Denis. Mais il faudra attendre une ordonnance royale de Louis XVIII, en 1816, pour qu’une communauté de dix chanoines-évêques et de vingt-quatre chanoines de second ordre s’établisse à Saint-Denis. La première cérémonie a lieu dans la nouvelle sacristie de l’église abbatiale, le 18 janvier 1817, jour de l’exhumation des restes des reines et des rois de France.

Malgré les rêves napoléoniens, Saint-Denis ne redeviendra jamais une maison abbatiale et la famille impériale n’y sera pas inhumée. En revanche, il participe activement à la restauration de l’église abbatiale.

Napoléon Bonaparte se rapproche de l’Eglise catholique

Général dans les armées de la Première République née de la Révolution française, Napoléon Bonaparte obtient le pouvoir par le coup d’Etat du 18 Brumaire an VIII (9 novembre 1799) qui renverse le régime du Directoire (1795-1799). La constitution de l’an VIII établit alors un régime autoritaire dirigé par trois consuls et, en réalité, par le seul Premier Consul, Napoléon Bonaparte. Ce dernier devient, le 2 août 1802, consul à vie. Le 18 mai 1804, Bonaparte est proclamé Empereur et il se fait sacrer le 2 décembre suivant. Le sacre est célébré dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, en présence du pape Pie VII. Pourquoi ce rapprochement avec l’Eglise catholique ?

Depuis la Constitution civile du clergé, mise en place par la Révolution, la question religieuse empoisonne la société française. Dès le 18 Brumaire, ce problème devient l’une des questions prioritaires que Bonaparte s’applique à résoudre. La signature du Concordat (qui ne s’applique qu’à la religion catholique) par le Premier Consul en 1801 reconnaît le catholicisme comme la religion « de la majorité des Français », et non plus comme religion d’État. Les prêtres reçoivent désormais un traitement de la part de l’État. Ce rapprochement entre Napoléon et l’Église est certes un compromis, mais il est avant tout un calcul politique.

Le sacre impérial est un évènement unique dans l’histoire de la France. Afin de montrer sa puissance, Napoléon ne va pas se faire sacrer à Rome, comme c’est l’usage, mais c'est le pape Pie VII  qui vient à Paris pour la cérémonie. Même si, Napoléon ne voulant recevoir son pouvoir de personne d’autre que de lui-même, il s’auto-couronne Empereur des Français, ce sacre religieux lui concède en premier lieu une valeur morale aux yeux des catholiques ; il offre également la valeur symbolique d’un couronnement pontifical rappelant le sacre des empereurs germaniques, mais aussi, ce faisant, Napoléon se place à l’égal, voire au-dessus des rois européens, la présence du pape donnant une dimension morale et légitime supplémentaire à l’Empire.

L’Empire : le choix des mots, le poids des symboles

L’Empire remplaçant la République, une évolution linguistique s’opère. Le mot citoyen, né de la Révolution, disparaît de la langue officielle. D’autres mots apparaissent ou réapparaissent comme Sire ou Votre Majesté Impériale. L’Empereur ne parle plus du peuple français mais de son peuple.

Mais l’Empire remplaçant la République ne procède pas d’un seul changement de mots. Il induit également des changements plus profonds : des nouveaux titres créant une nouvelle hiérarchie, titres agrémentés de nouveaux costumes d’apparat faits de soie, de velours et d’or, les revenus allant avec ces titres, le mode de vie. Au sommet de la hiérarchie, l’Empire exige la création d’armoiries impériales ainsi que d’objets symboliques créant une pseudo tradition et, surtout, l’hérédité. Joséphine devient Impératrice, Laetizia Bonaparte est désormais Madame Mère et les frères de Napoléon princes de la maison impériale.

Reste à régler le problème du caveau familial impérial. Napoléon 1er tentera de le faire à travers la rénovation de l’église de Saint-Denis, ancienne église abbatiale devenue simple église paroissiale depuis 1792.

Une crypte impériale pour la famille Bonaparte

Symbole de la continuité du pouvoir monarchique, Saint-Denis était devenue le mémorial des quatre dynasties ayant régné sur la France. En 1805, Napoléon fait établir un projet afin de créer une crypte impériale pour lui et ses descendants dans l’ancienne basilique. Le 20 février, il demande à connaître l'état de l'abbatiale et, deux jours plus tard, le ministère de l'Intérieur procède au démarrage de sa restauration :  la réfection de la toiture est entreprise, le dallage du sol commencé (l'église avait été entièrement décarrelée), la crypte et les caveaux déblayés.

Le 22 juin 1807, Napoléon Ier se trouve à Tilsit où il doit signer un traité secret avec le tsar Alexandre 1er. Il y apprend que son neveu et héritier putatif, Napoléon-Charles, fils aîné de son frère Louis, roi de Hollande, vient de mourir. Il écrit à Cambacérès  qui, lors des absences de l’Empereur assure la présidence du Sénat et du Conseil d’Etat, ainsi que la direction de l’Administration, pour faire accélérer les travaux de rénovation de la basilique. En effet, l’Empereur souhaite y placer le corps de son neveu. En attendant la fin du nouveau caveau impérial, la dépouille de Napoléon-Charles est déposée dans une chapelle à  Notre-Dame de Paris.

En 1811, Napoléon Ier fait graver les noms des rois qui avaient eu leur sépulture à Saint-Denis sur des tables de bronze ou de marbre mais ne fait pas réinstaller les monuments funéraires. Par ailleurs, le projet de décoration pour la nouvelle sacristie prévoit dix toiles encastrées dans des compartiments réservés entre les colonnes doriques. Elles relatent l'histoire de Saint-Denis et Napoléon y apparaît comme le continuateur des rois des premières dynasties. Il pensait ainsi effacer les traces des violences révolutionnaires tout en écartant le souvenir des Bourbon. L’histoire va en décider autrement.

Napoléon n’est pas inhumé à Saint-Denis

À Notre-Dame de Paris, le corps de Napoléon-Charles attend toujours son transfert à Saint-Denis. Mais l’arrivée des Bourbons et de Louis XVIII, (avec la première Restauration de 1814-1815), orientent les préoccupations funéraires vers le retour des restes royaux dans la basilique. Napoléon-Charles Bonaparte repose désormais en l'église de Saint-Leu-la-Forêt.

Arrivée des cendres de Napoléon
Arrivée des cendres de Napoléon

Napoléon ne sera pas, lui non plus, inhumé à Saint-Denis. Exilé à Sainte-Hélène après sa seconde abdication, Napoléon demande dans son testament à être enterré « sur les bords de Seine, au milieu de ce peuple français que j’ai tant aimé ». Inhumé dans la vallée du Géranium à Sainte-Hélène (rebaptisée depuis « vallée du Tombeau »), sous une dalle anonyme, ses cendres sont ramenées en France sur la décision de Louis-Philippe, en 1840. Louis-Philippe charge l’architecte Ludovico Visconti d’élever en l’église du Dôme un autel séparé de celui de l’église Saint-Louis-des-Invalides et de creuser la crypte destinée à recevoir le cercueil de l’Empereur. Le 2 avril 1861, en présence de Napoléon III, il est enfin placé dans le cercueil en porphyre rouge dans lequel il se trouve aujourd’hui.



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